3 tours de roues sur les canaux du midi

En août 2019, Kim, Salomé et moi sommes parties découvrir les canaux du Midi à vélo. Nous avons souhaité, chacune à notre manière, vous raconter notre expérience de ce voyage inoubliable ! 

Kim :

J’ai contracté la polio enfant, aussi connue sous le nom de poliomyélite. C’est une infection virale. Au fur et à mesure que le virus se répand dans les nerfs, il détruit ceux qui contrôlent les muscles… C’est mon cas, mes muscles inférieurs sont atrophiés mais je ressens tout !

J’ai baigné dans ce monde de « valides » très naturellement… J’ai surmonté une rupture affective grâce entre autre au vélo, la rage m’a sauvée ! Retrouver de la confiance et surtout le moral. J’ai partagé un WE prolongé du 14 juillet sur le canal de la Garonne avec Nathalie et deux autres amis “handis”. Très belle expérience et une envie naturelle de vivre d’autres moments de ce genre ensemble.

Première partie de notre trip autour de Narbonne avec Nathalie, que je connaissais peu. De nombreux échanges téléphoniques avant : je crois que notre premier coup de fil a duré plus d’une heure, plus elle me parlait de Canalfriends, de ses expériences sur le canal, plus j’étais à fond dedans et plus mon enthousiasme grandissait.  Je sentais au fur à mesure de notre communication un très bon feeling et les mêmes envies de partager cette aventure ! Une belle amitié naissante…

Ce projet est né de façon très directe et spontanée liée à Canalfriends.

On décide de vivre ensemble cette aventure au pied levé quasiment… La réalité fait que les recherches d’hébergements, d’accès accessibles, de structures adaptées ne sont pas si simples mais nous avons la volonté d’y arriver à plus forte raison !

Pas de préparation sportive particulière car le parcours que Nathalie a tracé était abordable. Aucune performance physique, découvrir l’environnement, s’adapter et faire des belles rencontres…

Le vélo me rend heureuse, avoir la tête toujours dehors, le vent dans les cheveux… Sentiment de liberté dont je peux difficilement me passer ! Ils sont grisants ces moments, seule ou en groupe. La pratique du vélo est un catalyseur d’émotions : vouloir, désirer, être humble et espérer… Faire vivre un délicieux sentiment de plénitude. C’est devenu vital cette parenthèse : un espace personnel dans le continuum de mon quotidien. Ce n’est pas simplement une sortie vélo, c’est une séquence de ma vie.

Ce périple est une superbe expérience réussie à tous les niveaux, une météo idéale, aucune crevaison, un relationnel fabuleux, des rencontres extraordinaires. L’accueil très chaleureux des offices de tourisme et des hébergeurs en camping, chambres d’hôtes, auberge de jeunesse et gîtes qui ont fait le maximum pour que je puisse accéder partout en fauteuil roulant et certaines nuits dans ma voiture. Sans oublier, l’accès bien anticipé en amont donc très peu de difficulté !

J’ai toujours eu une facilité à m’adapter partout car j’aime m’évader et aller à la rencontre de ce qui m’entoure…

J’ai savouré la tranquillité, le calme du parcours le long du canal du midi, la beauté des paysages traversés, la visite de villes au riche patrimoine. De plus, il y a régulièrement de belles péniches à admirer, des écluses à observer et quelques jolis villages où faire des pauses. J’ai adoré l’ambiance qui règne sur le canal : saluer les bateaux et les promeneurs que l’on croise, s’arrêter pour regarder un bateau passer une écluse. J’aime ce spectacle et m’émerveille devant l’ingéniosité du système, observer les pêcheurs, faire une pause à l’ombre d’un arbre, discuter avec d’autres cyclistes des différentes étapes faites… Apaisant et ressourçant !

Voyager à vélo, une fois que l’on commence, on ne peut plus s’arrêter !

La 2ème partie avec ma fille et Nathalie, de Sète à Narbonne…

Une douce rencontre Nathalie et ma fille, un parcours à trois extraordinaire, dans le partage, la bienveillance, l’humour, la spontanéité et garder surtout chacune notre place !

Nathalie se laisse porter au fil des jours et profite davantage de chaque instant…Je sais que allons nous aider à aller au-delà de nos faiblesses toutes les 3.

Salomé est partante pour tout, impressionnant de voir ses capacités d’adaptation : ne pas dormir chaque soir au même endroit, dans le même environnement ne l’a jamais perturbé, au contraire. Elle est contente en arrivant à l’étape du soir, cela lui permet de découvrir et de s’adapter ; cela ne gêne en rien son sommeil. Les contacts avec les autres ont été très faciles !

Elle est plus que motivée pour repartir plus longtemps, elle a vraiment a-do-ré !

Quand est-ce que l’on repart pour une aventure encore riche de sensations ?

Salomé :

J’ai 11 ans et j’ai participé au trip « Canal du Midi » ! Nous avons parcouru un total de 105 km en 3 jours, le 1er jour 53, le 2ème 34 et le dernier 18. Nous avons fait de l’itinérance (c’est à dire que nous ne nous arrêtions jamais dans le même hébergement pour la nuit).

Nous avons voyagé avec le minimum, deux sacoches pour Mamoune et moi et idem pour Nathalie qui m’a bien soulagée en prenant quelques affaires plus lourdes. J’ai beaucoup aimé le passage des 9 écluses après une pente bien raide mais assez courte… Heureusement ! => Vidéo

Une énorme envie de repartir me pourchasse depuis que nous sommes rentrées…

Nathalie :

Ce voyage sur les canaux du Midi avec Kim et Salomé s’est inscrit dans une démarche « PMR Friendly« , que nous avons imaginée en 2018 avec notre communauté Canalfriends. Nous voulions faciliter la découverte des voies d’eau aux personnes porteuses d’un handicap et ainsi favoriser les belles rencontres qui rendent un voyage inoubliable.

C’était donc l’occasion d’échanger sur ce sujet avec les acteurs et territoires  présents sur les canaux du Midi (Canal du Midi, Canal de Jonction, Canal de la Robine).

Sur la première partie passée dans l’Aude, Alain Heulluy, évaluateur accessibilité pour l’Agence de Développement Tourisme Aude nous a fait le plaisir de nous accompagner. Merci Dorian Matéos pour cette mise en relation !

Nous sommes ainsi partis découvrir les environs Kim en striker, Alain en handbike et moi à vélo.

Nous avions rendez-vous à la maison éclusière Sainte Lucie sur le canal de la Robine, avec Eric Joubertout, garde au parc naturel régional de la Narbonnaise en Méditerranée. Durant cet été particulièrement chaud, sa priorité était d’éviter tout risque d’incendie notamment sur l’Ile Sainte Lucie, limitant son accès quand cela était nécessaire.

Nous avons ensuite remonté le canal, le long du chemin de halage réduit à une bande de terre au milieu des étangs. A l’écluse de Mandirac, nous l’avons quitté pour partir découvrir les étangs de Gruissan.

Au retour, la batterie de Kim a eu la bonne idée de se décharger avant l’arrivée. Kim et Alain, habitués aux systèmes D ont eu la solution : relier mon vélo au striker par nos chambres à air de réserve pour me permettre de tirer Kim. Une famille bretonne à vélo nous a aidés à les installer. Et nous voilà repartis,  Kim pédalant aussi à la force des bras pour m’alléger.

Le lendemain, Alain nous a fait visiter Narbonne. Quel plaisir de retrouver notre famille de cyclotouristes à deux reprises dans la ville. Nous passions de plus en plus de temps à échanger ensemble !

L’après midi, nous sommes partis au Somail, l’un des villages les plus typiques du Canal du Midi.

Après avoir visionné l’histoire de Madame Craddock, touriste anglaise passée ici au 18ème siècle, Marjolaine Trochon de l’office de tourisme nous a conseillés sur le trajet le plus accessible pour rejoindre le canal de la Robine, via le canal du Midi et le canal de Jonction

A Sallèles d’Aude, nous avons fait « salon » avec Robert Mornet, devant sa barque de Poste. Il l’a construite selon les plans de celles qui transportaient des passagers sur le Canal du Midi, aux 18ème et 19ème siècles.

Le 3ème jour, nous sommes parties découvrir les étangs qui longent Bages et Peyriac-de-Mer, à travers des petites routes bien calmes et des chemins de terre accessibles.

Durant cette 1ere partie, l’accessibilité des hébergements a été variée et a permis des échanges toujours très riches. Au Camping de la Cesse, seuls les toilettes étaient accessibles; dans sa nouvelle localisation prévue en 2020, il le sera davantage. Au camping les Floralys à Narbonne, les espaces communs dont les sanitaires étaient accessibles. La famille qui le gère était particulièrement bienveillante, prête à venir nous chercher en cas de problème durant nos balades. Dans ces campings, Kim dormait dans sa voiture et moi dans une petite tente. Nous avons passé la dernière nuit au Centre International de Séjour Ethic Etapes pour échanger avec sa directrice Rose Marie, très intéressée par notre démarche. Plus connu sous le nom de MJC, il est situé en plein centre ville de Narbonne et possède le label Tourisme & Handicap.

Sur la deuxième partie sur voyage, les chemins de halage le long du canal du Midi étaient rarement accessibles.

Cela a été l’occasion de solliciter la communauté Canalfriends pour identifier un itinéraire « PMR fûté » ! Son aide avant et durant le voyage a été particulièrement précieuse !

Arrivée la première à Sète, Corine Beaujeard de l’office de tourisme de Sète m’a fait découvrir tous les lieux emblématiques de la ville. Nous avons ensuite repéré le meilleur parcours à emprunter avec Kim et Salomé pour rejoindre notre hébergement de la gare.

Notre parcours a débuté par la magnifique piste cyclable du Lido, sorte de cordon dunaire qui sépare la Mer de l’étang de Thau. Nous avons voulu aller jusqu’au phare des Onglous qui représente la fin du canal du Midi et l’entrée sur l’étang de Thau.  La vue splendide a justifié le temps mis pour emprunter une petite route caillouteuse pas vraiment facile pour Kim.

Les chemins de halage n’étant ensuite pas accessibles, nous avons emprunté des routes partagées jusqu’à Portiragnes. Un peu perdues dans Vias, Valerie Hey de l’office de tourisme nous a remis sur le bon chemin après avoir échangé sur notre voyage. Nous avons apprécié retrouver la piste cyclable. Mais les chemins et routes utilisés depuis le matin ont consommé toute la batterie. Voulant assumer seule cette nouvelle panne, Kim a terminé les derniers kilomètres qui nous séparaient de Villeneuve les Béziers à la force des bras. Nous l’avons aidée a minima : à chaque pont, Salomé sautait de son vélo pour pousser Kim et j’avais pris les poids de son striker pour l’alléger.

Le lendemain, nous sommes reparties sur la piste cyclable, la batterie bien chargée => Vidéo

Nous étions attendues sur le Canal du Midi par l’équipe de l’office de tourisme Béziers Méditerranée. Monique Boulze-Pillevesse avait proposé qu’une voiturette vienne chercher Kim pour monter les 9 écluses de Fonséranes. Mais au final, Kim et Salomé ont préféré les grimper à vélo ensemble ! Arrivées à l’office de tourisme, une séance de cinéma immersif nous a plongées dans l’histoire du Canal du Midi et des 9 écluses.

Kim et Salomé étant parties retrouver des amis, j’en ai profité pour aller découvrir les très belles chambres d’hôtes du Manteau Bleu de Mariel, situées à Béziers, au dessus de Fonséranes. Du pont qui enjambe l’ancienne pente d’eau, j’ai bénéficié d’un magnifique point de vue sur la cathédrale et le canal.

Nous nous sommes retrouvées ensuite à l’office du tourisme du Canal du Midi au Saint Chinian où nous attendaient Muriel Milhau et son équipe. Autour d’un verre, nous avons échangé sur l’accessibilité des bâtiments situés sur le périmètre du classement Unesco et sur l’histoire de Capestang ; ce qui nous donna envie le lendemain de nous balader dans le village avant de partir récupérer nos voitures laissées à Narbonne => Vidéo

En itinérance sur cette deuxième partie, nous avons emporté le minimum et donc choisi des hébergements équipés A Sète, nous avons dormi dans le village de vacances Le Lazaret, situé au pied du Lido et labellisé Tourisme et Handicap. A Villeneuve Les Beziers, Nathalie a tout mis en oeuvre pour rendre ses chambres d’hôtes de la Maison du Canal le plus accessible possible, tout comme à Capestang, Salima, dans son gite aux Roses de l’Etang.

Ce voyage mémorable a modifié la perception de beaucoup de choses, il y a déjà un avant et un après.

N’aimant pas vraiment sortir de ma zone de confort, j’ai pris conscience que Kim avait évolué dans un environnement rarement confortable. Et pourtant, lorsque nous faisions le point chaque fin de journée, Kim aimait tout. Non pas qu’elle oubliait les problèmes comme les caprices de sa batterie, mais tout simplement parce qu’ils faisaient partie de l’aventure qu’elle aimait !

Sa capacité de résilience, sa force mentale qu’elle a su transmettre à Salomé, la richesse de nos échanges m’ont particulièrement touchée.

Cet état d’esprit a généré une bienveillance de la part de toutes les personnes croisées. Je n’ai pas compté tous les pouces en l’air des cyclistes et motards, ni les bravos des piétons au passage de Kim.

Nous nous sommes souvent rappelé la rencontre avec ce motard qui dans une rue de Sète s’arrêta à hauteur de Kim pour savoir ce que nous allions faire. L’enchaînement de ses « c’est génial, mais c’est génial ! » nous trotta dans la tête toute la journée.

Tous ces encouragements ont généré une énergie incroyable, qui nous a bien servie.

Au final, ce voyage nous conforte dans l’intérêt de poursuivre au sein de Canalfriends notre approche PMR Friendly et de l’étendre à d’autres voies d’eau.

Et ça tombe bien puisque nous prévoyons déjà de repartir ensemble !

Téléchargez gratuitement notre guide de voyages  bilingue sur le Canal du Midi, ses rigoles et les canaux de Jonction & de la Robin

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2 thoughts on “3 tours de roues sur les canaux du midi

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      HelloKim Salomé Nathalie génial les commentaires j avais l impression d être avec vous lol
      Je suis ravie d avoir participé un petit peu avec vous ne changez rien vous êtes génial et merci du travail fait pour les futures baroudeur comme vous qui voudrait ce balader dans notre région et le canal merci pour tous
      Bisous à vous trois bye alain

    • Author gravatar

      Bravo pour cet article qui me donne tres envie de reprendre la route au plus tôt avec vous pour de nouveaux moments d’émerveillement en toute simplicité.
      L’escargot à roulettes

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